À propos

Pour être pluriel … soyons singulier.

Je « m’exile » dans mon atelier pour comprendre, pour dire ma singularité.

 

Le geste puissant pour affirmer ma différence passe par des zones de turbulence indispensables (le doute) entre le conscient et l’inconscient.L’expression de ma singularité ne peut se partager que si elle est en conformité avec l’affirmation authentique de ma différence.
Seule la toile me laisse ma fantaisie, ma volupté, l’oubli, une insoumission déguisée en obéissance. Cependant, en réalité je sais bien que la toile existe par le regard de l’autre. Je dirais donc avec Jankélévitch « Trop de lucidité dessèche ; en sorte qu’une conscience délicate ne va jamais sans quelque aveuglement, sans l’ingénuité du cœur et la crédulité de l’esprit.»

Agnès Bourely est une artiste plasticienne Française. Elle vit et travaille à Houston, Texas, USA. Ses dessins, peintures et polyptyques racontent sur grand format le voyage. A chacune de ses expatriations, elle dit sur le papier ou la toile la poésie de la vie « Loin de leur endroit ».

Entretien entre AGNÈS BOURELY et ÉRIC SIVRY poète de l'Intuitisme

Éric Sivry : Vous avez beaucoup voyagé et même vécu dans différents pays, sur différents continents ? Peut-on dire que vos dessins, vos peintures et vos polyptyques naissent souvent du voyage ?

Agnès Bourély : La vie m’a donné l’opportunité de m’installer et de vivre dans différents pays d’Europe, d’Asie, d’Amérique du Sud et du Nord. Ces adaptations, je les aborde en premier lieu par les sens plus que par l’analyse ou la raison, cela éprouve et affirme mon tempérament et mon travail.
Je ne parlerai pas de voyage parce que je déteste les voyages, je parle très mal les langues étrangères, je déteste faire une valise. J’évite les voyages itinérants :  voir beaucoup de choses rapidement est un supplice. Je préfère me poser pour un temps long dans un endroit et y vivre. Quand quelquefois je voyage, je ne prends pas de photo, je préfère profiter du lieu et ne pas être obsédée par le désir de prendre une bonne photo, faire une bonne image, garder des traces. Je n’aime pas les objets souvenir (il n’y en a pas chez moi). Je pense avoir un certain effroi du sentimental superficiel, facile. J’ai un désir d’aller toujours en avant, ne pas regarder en arrière.
Bien sûr j’ai des « réminiscences » de ces dépaysements (les voyages comme les installations à l’étranger). Ces ambiances successives où domine l’élément affectif, sensoriel qui m’aide à régénérer mes idées tout en prenant de la distance.
Peut-être que ma pratique du dessin abstrait relève de ce paradoxe. Avec l’abstrait j’ai dans l’immédiat l’impression de ne pas dire les choses, mais dans la réalité je dis beaucoup de mes « expériences de vie ». Je ne cherche pas à les analyser, quelquefois le temps me permet de le faire.
Rester sur le papier dans la sensualité du présent où domine le caractère des réminiscences de mes «dépaysements» passés, est l’état de mes recherches.

«On prétend que le charme du voyage est celui du retour. Il serait plus convenable de dire que le voyage ne commence qu’une fois terminé. Le voyage n’existe pas. Il n’est que son propre récit. C’est quand je raconte ce voyage à des amis, à ma famille, que je vois enfin ce que j’ai vu.»
Gilles Lapouge

E.S. : Votre langage est inspiré par vos expatriations. Il dit sur le papier ou la toile la poésie de la vie ailleurs ?

A. B. : Ce n’est pas moi qui choisis les destinations de nos expatriations. Mon expérience est celle d’installations successives, de changement de repères avec une ardeur pour me réapproprier ma singularité dans ces pays différents. Plus je vis à l’étranger, plus j’affirme activement ma singularité profonde, essentielle et cela m’aide à me connaitre, à chercher et sentir mon tempérament dans divers environnements. Il est certain que dans ce contexte d’expatriation ma vie est ailleurs, ni chez moi en France ni dans les pays où j’habite. En changeant mes habitudes et perceptions dans un autre pays, dans une autre civilisation comme pour la construction d’un dessin, je garde les choses qui me sont indispensables pour marquer et éprouver ma singularité, ma solitude et quelquefois une recherche d’absolu.
Par le dessin je transcris cette expérience de ce que me donne ma « vie ailleurs » et j’y trouve de la poésie.

«Partir, marcher droit, arriver quelque part.
Arriver ailleurs plutôt que de ne pas arriver.
Arriver où on n’allait pas plutôt que de ne pas arriver.
Avant tout arriver.
Tout, plutôt que de vaguer.

Et que la plus grande erreur c’est encore d’« errer » : voilà sa nature même et la race de son secret.

Ce que je dis, c’est que justement parce que sa morale était provisoire,
justement parce qu’elle n’entrait pas dans son système, parce qu’elle n’était pas arrêtée,
parce que pour ainsi dire elle n’était pas officielle, justement parce qu’il s’y est moins défendu,
moins observé, c’est elle qui nous livre son secret.

Son secret c’est bien d’aller toujours dans le même sens et, le soir, d’arriver quelque part.

Toute la question est en effet de savoir si la pensée elle-même n’entre point dans de certaines conditions,
si elle n’est point soumise à de certaines conditions générales de l’homme et de l’être,
qui sont des conditions organiques, et dont l’une précisément serait que tout vaut mieux que de tourner en rond.»
Charles Péguy, Note sur M. Bergson

E. S. : J’ai tendance à dire que l’artiste qui crée par intuitions aime voyager, car chaque nouveau paysage, chaque nouveau milieu suscite en lui de nouvelles intuitions. Vous reconnaissez-vous dans ce raisonnement ?

A.B. : Je vais essayer de dire ce que je n’aime pas dans le voyage :
Je n’aime pas les voyages parce que je suis lente et obstinée. Dans un premier temps je perçois les choses sans les analyser et sans réfléchir. Puis j’ai besoin de temps pour éprouver vraiment les lieux et pour moi ce deuxième temps est indispensable. C’est comme faire un exercice physique avec une bonne respiration, une pause. Un besoin de « digestion » sans gavage forcé.
Bien sûr aussi je ne peux pas nier que la nouveauté du voyage me permette de prendre de la distance par rapport au connu. Le voyage permet un enrichissement de notre connaissance intérieure puisque nous varions les points de vue. Comme je le disais précédemment la nouveauté sans être analysée remplit mon cabas d’expériences de vie, comme une boule de neige qui grossit en roulant.
Quand j’arrive au bout d’une série de dessins, que le mouvement créatif devient douloureux, manque de conviction, je change de matériel : différents papiers, formats, crayons, peintures, encres etc …. Ces nouvelles contraintes (adaptation) entrainent de nouveaux gestes, subtilités d’écriture, de dessin, cela relance la créativité intuitive, cette recherche de sentiment d’évidence, d’activation des expériences passées renouvelées.
Le nouveau voyage aide, stimule la mise en abyme du bagage rapporté du précédant voyage.

E.S. : À l’origine, il y a souvent chez vous la chose, l’objet, n’est-ce pas ?

A.B. : Je dirais que je fabrique un objet matériel (avec mes mains) à partir d’un « objet de pensée ». Une pensée pleine de mes expériences de tous ordres (plastique, artistique, humaine etc.) qui prend forme dans le conflit du matériel concret. L’objet concret réalisé plus ou moins digéré me sert de base pour l’objet suivant, comme un mouvement vital qui cherche à ne pas mourir.

E.S. : Y a-t-il aussi la personne ? Des portraits abstraits ?

A.B. : Peut-être, mais ce n’est jamais intentionnel

E. S. :  On peut dire je crois que vous créez par intuitions, en effet, mais comment définiriez-vous cette manière intuitive personnelle de créer ? S’agit-il d’intuitions de l’instant, de brusques fulgurances ?

A.B. Je commence avec une page blanche, sans croquis préalable ni idée d’intention, de message, de sentiment, d’objectif, de recherche etc… Je fais des choix successifs, j’ai besoin d’avoir les mains dans la matière pour que la « construction » prenne forme.
Le premier choix fait arbitrairement est la qualité du papier : épais, fin, lisse ou rugueux, papier chiffon très absorbant… papier plastic hydrofuge, rigide, souple … puis la taille : grand, moyen, petit, la forme carrée ou rectangle paysage ou portrait etc … cette première étape déclenche des envies, que je trie en évacuant les vieux réflexes stériles et évaluant les nouvelles tentatives un peu dangereuses mais grisantes. L’expérience du métier et l’appréhension matérielle font comme un tamis pour trouver la bonne mesure avec encore beaucoup d’arbitraire et de vertige. Les envies initiales se précisent, puis se perdent et d’autres arrivent encore. Comme dans la vie chaque engagement laisse des possibles en rade mais est indispensable pour avancer. C’est dans les mises en péril de chaque étape du dessin, par chaque nouvelle intervention que se trouve l’essence, l’insondable du sujet, de la recherche.
Je travaille sur le papier, il y a peu de repenti avec le papier contrairement à la toile. Il faut faire avec les erreurs et les réussites arrivées sur le papier. Les techniques acquises, les idées vécues ou rêvées, les envies, les hasards participent à l’élaboration de l’objet. La recherche de l’adéquation esthétique avec l’idée interroge le discours en permanence (je dis quoi dans ce dessin et comment ?) et permet d’aller plus à fond.
Après un certain temps de fréquentation, de confrontation, d’appréhension de recherche l’intuition arrive comme une fulgurance. De façon semblable pour vivre mon altérité dans un pays étranger il faut un temps d’adaptation. L’intuition pour moi se manifeste dans la corrélation entre ma personnalité entière (avec son altérité) et la participation au monde (pluralité), je sens alors une solidité, une affirmation en résonance avec l’environnement, avec l‘autre. Le regard de l’autre s’accorde avec mon intuition…. Et « yes » c’est jouissif quand cela arrive!

E.S. : Il faut compter aussi sur les intuitions du regardeur, du spectateur, non ? L’œuvre n’est pas que création, elle est aussi perception …

A. B. : Il faut compter sur les intuitions du regardeur, le regardeur doit construire sa fulgurance, son évidence avec l’œuvre. Le spectateur doit exercer sa curiosité.
Quand je suis spectatrice, je me rends disponible, curieuse dans un « travail » d’appropriation pour faire vivre l’œuvre avec mes sens et ma pensée. Une approche intellectuelle et tactile dans la matérialité de l’œuvre. Mon regard doit inclure de la même façon mon altérité que dans ma recherche créative. Il y a des fulgurances (intuitions) plus ou moins immédiates. On parle du syndrome de Stendhal quelquefois, l’œuvre est tellement universelle que l’artiste touche toutes les singularités des uns et des autres, il faut malgré tout que le spectateur accepte de se laisser emporter et fasse son chemin vers l’œuvre.

E.S. : Vous avez expliqué que vous improvisez comme un jazzman. S’agit-il d’une comparaison propre à nous faire seulement comprendre l’importance de l’improvisation dans votre travail, ou pensez-vous que le rapport de la peinture avec la musique est plus profond ? Et si oui, pourquoi et comment ?

A.B. : Oui il y a une part d’improvisation dans mon processus, puisque je démarre sans savoir où je vais, je cherche un thème que je développe…. La référence au Jazz est une façon de faire comprendre l’importance de l’improvisation dans ma démarche.
Je trouve des similitudes entre la peinture et la musique. Bien sûr la musique développe son discours dans le temps alors que la peinture développe son discours dans un espace unique. La musique (comme la poésie) pour rester dans la durée (l’immortalité) a besoin de s’inscrire dans la mémoire des hommes par l’écriture ou par la transmission orale, le rythme participe grandement à sa mémorisation. La peinture produit un objet matériel qui inscrit la narration dans une seule image, s’il y a narration il y a rythme. Je cherche une narration donc un rythme pour la composition de mes dessins. Pour cela j’essaie de varier les tailles, les écritures, les transparences, les matières… des différentes zones que je ponctue de zones plus calmes dans des « sortes » d’aplat comme des silences.
Je peux trouver des similitudes avec des désirs d’accords et de dissonances dans les couleurs dans les écritures, les matériaux.
Dans mes réflexions je me parle de volume, de tempo, de mélodie. Le fait de me parler avec du vocabulaire propre à la musique me permet de conceptualiser mon discours. Je ne transcris pas les notions musicales par des notations, écritures préconçues, mais ce vocabulaire musical me permet de « classer » mes idées. J’ai grandi dans une famille très musicienne, ma sœur est pianiste et mes cinq enfants ont fréquenté beaucoup les conservatoires de musique (je les ai accompagnés dans leur apprentissage, ce qui est aussi une pratique artistique instructive !). J’ai pratiqué la guitare classique de l’âge de 7 à 20 ans et à certaines périodes de ma vie. De cette pratique je garde l’expérience de l’exécution, dans un temps circonscrit, d’une partition travaillée précédemment. Il faut donner dans un temps fini, sans repenti le fruit de son travail technique et d’interprétation. Il faut oublier la technique pour se concentrer sur l’idée que l’on a pressentie de l’œuvre dans un lâché prise imposé par la performance. Je retrouve cette expérience de lâché prise et de non-retour (d’instant) dans mon procédé de dessin, sauf qu’avec le dessin c’est une conversation avec ce qui est écrit sur le papier qui entretient l’idée au fur et à mesure.
Durant le confinement, avec ma sœur pianiste, nous avons créé et monté des vidéos à partir de mes dessins. Ma sœur a choisi une musique pour une promenade dans le dessin, nous avons suivi le rythme et la mélodie pour une immersion dans le dessin, à partir du titre du tableau que j’avais trouvé dans un poème de René Char « il cherche son pareil ». Ces vidéos sont comme des introductions, immersions, guidages arbitraires dans le dessin. La musique n’est pas là comme un fond musical mais donne un rythme une vision particulière au dessin et à l’agencement de la vidéo. La musique introduit au travers de la vidéo la temporalité dans le dessin.
J’ajoute une idée, dans l’écriture musicale le compositeur développe ses idées dans une structure très cadrée (contrepoint, harmonie, …) dans un système d’écriture bien établi qui peut bien sûr être suivi, contourné ou renversé suivant les intentions du compositeur. Dans la pratique du dessin abstrait, la technique ou construction de l’image a été très chamboulé à travers l’histoire de l’art, j’ai le sentiment que dans ce « mouvement » c’est à moi de construire mes systèmes qui sont toujours mis en péril par un souci de non répétition et de refus de système pour laisser la place à l’étonnement et la fraicheur.

E.S. : Vous insistez aussi beaucoup sur la dimension poétique de vos travaux …

A.B. : La dimension poétique est importante, la poésie cherche la justesse de l’expression par des sons, des rythmes, des harmonies… Qu’elle soit prose ou vers, la poésie accorde son « esthétique » aux sens, c’est dans cet esprit que je cherche la poésie dans mes dessins.

E.S. : Mais le projet esthétique va de pair, il est très présent. Le Beau a-t-il un sens pour vous, et lequel ?

A. B. : Pour moi, le Beau parle de : absolu, adéquat, approprié, clair, harmonieux, noble, pur, robuste, simple, solide, accordé, adapté, adéquat, assorti, en accord, juste, pertinent, vrai, consistant, exact, fondé, ouvert, vécu. Et aussi de : émouvant, enchanteur de poétique.
Pour moi, le « beau » est une manifestation d’une certitude, la recherche d’une vérité avec la réalité des sens et de la raison. « La certitude n’étant pas certaine !», elle demande un acte de foi. La force de l’esthétique est cette concordance entre la forme matérielle et l’idée dégagée, ressentie autant avec les sens qu’avec la raison. La foi dans mon instinct, dans ma singularité, intervient et est le moteur de ma créativité, dans cette recherche esthétique.
« Bien que notre esprit ne soit point la mesure des choses ni du vrai, il faut assurément qu’il soit la mesure des choses que nous affirmons ou que nous nions » Descartes

E.S. : Cette poétique intuitive passe par l’éclosion de la couleur, de la forme et de la matière ?

A.B. : Effectivement cette poétique intuitive, cette esthétique s’exprime dans et par une recherche matérielle. C’est par l’exécution, la confrontation à la matière que l’intuition se manifeste, devient réalité et s’exprime par la couleur, la matière, la forme.
Il y a une recherche de tension entre le brut (l’état de nature), le cru, l’élémentaire, le naïf des premières interventions avec l’encre, l’eau, la gouache, les gestes de toutes sortes et divers matériaux, et un « aspect civilisé », complexe, façonné, travaillé avec le crayon de couleur, la gouache, la recherche graphique dans la cohérence de la construction du papier final.
La couleur, la forme et la matière sont mes outils d’expression et c’est avec ces outils que je construis « mon discours ». C’est un processus qui s’élabore avec le temps, dans la réflexion et dans une sorte de dialogue avec des envies, des humeurs, des effusions stimulées par ces outils.

E.S. : Vos œuvres naissent-elles et grandissent-elles toujours autour d’un centre ?

A. B. : Non, le départ est toujours dans le vide sans aucun rituel conscient, voulu. La seule chose qui est déterminée est le format (portrait ou paysage) qui influence le sens de l’écriture automatiquement – nous lisons de gauche à droite -, je ne cherche pas à contrarier cela. Après cette première donnée, c’est le saut dans le vide, la recherche du vertige, de l’inconfort, le désir de défier un loupé. Je suis d’un tempérament joueur et provocateur, je suis très autodidacte et toujours dans l’expérimentation tout au long de l’exécution du dessin.

E.S. : Parlons de vos triptyques ? Faut-il bien les lire de gauche à droite, comme une page où se déroulerait un texte pictural ?

A.B. : C’est de gauche à droite que je les lis et que je les compose, maintenant tout le monde est libre de les lire dans un autre sens.

E.S. : La composition de votre tableau est-elle souvent liée ainsi à son propre discours ?

A.B. : Oui, la composition dicte le discours du dessin, la composition est l’armature, le « goal » et la raison d’être de mon dessin. L’expérience acquise, la technique avec ses aléas construisent le dessin. Les sens avec ses doutes incontournables obligent une remise en cause permanente. Il faut s’engager en incluant les écueils, faire des choix pour avancer cela construit le discours. La composition est l’expression, la matérialité de l’esthétique qui s’accorde avec les sens et la raison.

E.S. : Votre peinture part de la vie et fait naître la vie, mais peut-on dire qu’elle est souvent autobiographique ? dans quel sens ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

A.B. : Elle est autobiographique dans le sens qu’elle exprime et dit mon tempérament, mes expériences de vie, mes expériences artistiques, ma « présence à l’art ». Le choix de l’abstrait est dans un premier temps une pudeur, un artifice pour dire l’indicible pour toucher inconsciemment des choses que je ne reconnais pas toujours chez moi … et qui saute soudain aux yeux avec ce recul, cette mise en forme ! Cette pratique est un moyen de révéler avec plus ou moins d’élégance, de cruauté, de douceur ou de dureté, la vie.
Les exemples que je peux donner sont assez intimes finalement. Je suis reconnaissante au spectateur de faire l’effort d’accepter mon tempérament avec son esthétique particulier. Le coté aléatoire et impulsif du début du dessin, laisse l’inconscient se raconter. Cette semaine j’ai fait un dessin qui n’est pas terminé :

Est-ce que cette période trouble de guerre influence ma création ou est-ce que c’est ma lecture du dessin qui influence ce que je laisse dire ?

Morceau choisi d’un entretien AGNES BOURELY avec MAYA LINSIG historienne d’art

     « L’invention, c’est le progrès d’une pensée qui change au fur et à mesure qu’elle prend corps. C’est un processus vital, quelque chose comme la maturation d’une idée. »

Henri Bergson, L’Evolution créatrice (1907)

– D’entrée de jeu une question toute simple : vous considérez vous comme une artiste de l’abstraction, ou non- figuratif ?

Si l’on considère que l’art Abstrait est le rejet absolu « de l’imitation, la reproduction et même la déformation de formes provenant de la nature et de l’extérieur … », je ne me considère pas comme une artiste de l’abstraction mais comme une artiste non-figurative. Dans mon travail les œuvres perdent leur aspect figuratif pour devenir une expression de l’espace. A l’image de Bazaine ou Estève ma démarche consiste à « peindre le parti des choses, introduire une durée vivante et mouvante dans un espace arrêté ».

 

– Comment travaillez-vous concrètement ? Est -ce que vous utilisez des techniques différentes (coulures, couches de peintures, déchirures, aplats) et si oui avec quel but ? Pourquoi le choix du papier à la place d’un autre medium ?

 Comme pour mon intégration dans les pays étrangers, je pars d’une expérience nouvelle en cherchant à affirmer ce que je suis dans un contexte donné. A partir de là, avec les expériences acquises dans ma pratique quotidienne, je prends du temps et cherche avec détermination une histoire plastique.
Ma pratique artistique est une improvisation, je démarre sans aucune idée préalable, quelquefois avec des envies qui sont vite déviées. Par le jeu du hasard, je cherche des formes, de la matière, des couleurs, des agencements de figures, de graphismes. Comme un jazzman, je crée des grilles, qui s’affinent et s’enrichissent dans la pratique quotidienne. Avec des jets, des coulures, flaques d’eau, encre, gouache, aquarelle, acrylique, je trouve des motifs, groupe de motifs qui ne sont pas franchement figuratifs mais que j’imagine comme des univers, aqueux, aérien, monstrueux, organique… Actuellement je travaille beaucoup sur différents papiers, le Yupo hydrofuge, le Fabriano aquarelle très épais et absorbant, les réactions de chaque papier enrichissent mes explorations.
Puis, je me laisse guider par l’organisation de l’espace qui se structure, s’écrit et se construit au fur et à mesure, grâce aux aplats de gouache, au graphisme ou au coloriage du crayon de couleur, du feutre ou du marqueur. Je considère aussi les dimensions et l’orientation du support pour la narration de l’espace. La couleur avec ses nuances, dissonances, singularité propre, donne la tonalité. C’est un dialogue purement pictural entre le papier et « ma vision ». Si je cherche à reproduire un souvenir (image, émotion…), il n’y a plus le dialogue avec le papier. Je surjoue la scène et tue la magie. Ce n’est pas une illustration poétique mais un exercice de vision à partir d’une émotion ressentie. 

 Sur le papier, il n’y a pas de repenti et j’aime cette contrainte, la vie s’apprend par l’acceptation des choses plutôt que par l’oubli. Je n’aime pas la gomme … je veux des solutions avec ce qui est !

– Vous travaillez avec de la couleur certes mais comment intégrez-vous le thème de la lumière ?

 Effectivement, je pourrai y réfléchir mais je ne me pose pas la question de la lumière.

– Comment savez-vous qu’un tableau est fini ?

Quand j’ai le sentiment d’avoir trouvé une solution « qui marche »

– un tableau vous prend combien de temps en moyenne pour être peint ? Sachant que vous peignez plusieurs tableaux en même temps, c’est peut-être difficile à répondre

Oui, c’est difficile de répondre à cette question, c’est en fait assez variable, quelquefois des solutions arrivent vite … puis je les remets en cause et vis versa… en général je trouve toujours que le travail est trop lent, je suis impatiente de trouver la solution pour avoir le plaisir du résultat. 

 

– « la peinture comme témoignage sur la vie ». Il semble que vous voyez dans votre peinture toute votre histoire, tout ce que vous avez connu, vu d’extraordinaire et d’ordinaire …comme un journal de votre vie…

A 12 ans au Centre Pompidou par surprise, je me souviens avoir ressenti une grande émotion en voyant « bleu de ciel » de Kandinsky, un tableau que j’aimais regarder régulièrement dans un journal d’art.

« Pour Jankélévitch, rien n’était jamais évident. C’était à chaque instant que le monde surgissait. La musique, par exemple, je dirais qu’elle ne fait que passer. Un morceau que vous écoutez, eh bien, il est là, un instant et il est, on peut dire, comme le monde, comme votre propre vie dont vous savez qu’elle ne dure qu’un instant dans l’éternité. Eh bien ce morceau, chaque note de ce morceau, ne fait que passer. La musique ne fait que passer dans votre âme, de même que la beauté d’un tableau – vous êtes ébloui, vous savez que vous le serez peut-être encore un jour, ébloui – mais ce qu’il faut bien voir, c’est là, votre propre présence à l’art. » Lucien Jerphagnon

La vie m’a donné l’opportunité de m’installer et de vivre dans différents pays d’Europe, d’Asie, d’Amérique du Sud et du Nord. Ces adaptations, je les aborde en premier par les sens plus que par l’analyse ou la raison, cela éprouve et affirme mon tempérament et mon travail.

« Heureusement, il arrive qu’un oiseau migrateur s’endorme en volant, ou bien manque une bifurcation, et qu’il atterrisse avec quelques congénères en Namibie quand il visait son habituelle Angola. Cette erreur est pain bénit. Enfin, le pauvre oiseau est obligé de s’installer dans une nouvelle contrée, de l’aimer ou de la détester, d’avoir des sensations et des sentiments, des surprises, des difficultés, des merveilles. C’est ainsi que procédaient les anciens explorateurs, les vrais inventeurs du globe. Ils en avaient assez de suivre la ronde des astres domestiques, de ne  connaître que des chemins balisés, de faire la navette entre leur ferme et leur champ de blé, et ils allaient se perdre dans l’inattendu des choses. » Gilles Lapouge – L’âne et l’abeille.

 Pour « me perdre dans l’inattendu des choses », ma liberté d’artiste s’aventure dans les revendications du matériau, une aventure entre jouissance et résistance qui implore et explore l’inconscient, qui encourage le rêve et l’imaginaire et cherche à produire une expérience de création de l’esprit et des sens, de la vie.

– Etes-vous un peintre Surréaliste ?

D’une certaine façon je trouve ma pratique artistique surréaliste, l’approche Lyrique du Surréalisme. Je ne cache pas ma fascination pour Dali.

Mon sujet se dit et se lit par la facture, l’essence du dessin, de la peinture. Je trouve des similitudes avec la pratique musicale que j’exerce depuis l’enfance. L’instant musical est éphémère, certes, mais pas ce qu’il touche. La musique n’est pas spatiale comme le monde des arts plastiques. Dans ma pratique plastique, « les sons » ne sont pas envisagés dans leur concomitance temporelle, mais considérés comme consécutifs dans un espace homogène. C’est un objet que je façonne avec les nuances et autres tempos usités dans la musique, j’avise des accords, des dissonances, des contrastes, une narration, une sensualité que j’aime qualifier de lyrique. Je considère la musique comme une manière d’architecture magique, plans et volumes, lignes mélodiques et coloris instrumentaux…  

 

– Est-ce que vous considérez la toile comme une arène dans laquelle vous voulez agir ou plutôt comme un espace où reproduire, redessiner, analyser ou exprimer un objet/une situation ? Ce qui nait sur votre toile, est-ce que c’est une image ou un événement pour vous ? (comme c’était le cas pour les expressionnistes abstraits d’après Harald Rosenberg). Vous considérez votre travail comme instinctif/impulsif ou plutôt contrôlé/surveillé ?

Ma peinture cherche une certaine esthétique, recherche qui pour moi est le propre de la créativité humaine. Cette recherche encadre mon instinct impulsif et c’est par la mobilisation de ma propre expérience que je peux effectivement comprendre ce dont je parle. Je considère le papier (la toile) comme un lieu où je veux agir, ce qui arrive là est un dénouement.

– est-ce que vous voulez inviter à la méditation ou à la contemplation à travers vos tableaux (comme chez Rothko)?

Je cherche à donner une histoire picturale et émotionnelle qui invite à la méditation plus qu’à la contemplation. Je cherche à donner une dimension sémantique de la musique plastique. Mais je dirais avec Jankélévitch « Trop de lucidité dessèche ; en sorte qu’une conscience délicate ne va jamais sans quelque aveuglement, sans l’ingénuité du cœur et la crédulité de l’esprit.»

 

L’oubli agité de ce qui nous exile, texte Mary Lambrakos

Traduit par Géraud Bourély 

Vues de l’exposition

Agnès Bourély a créé son propre univers intuitivement par l’explosion et l’exposition des couleurs, des formes et des matières.

Elle joue avec l’abstraction pour susciter et transmettre l’émotion et le sens. Elle se confronte au discours formel de l’abstraction, qui recherche plutôt la matérialisation et la perfection du contenu comme forme d’une géométrie récurrente et structurée. Ses tableaux sont un plaisir synesthésique, employant le visuel comme porte d’entrée dans des domaines où l’on entend le rythme, la pulsation de la main de l’artiste dans son mélange de gouache et de copeaux de crayons de couleur qui coagulent à la surface. C’est une topographie et une cartographie de l’âme de l’artiste.

Elle articule sa vision dans différents mediums : la toile, le papier aquarelle et le papier Yupo. Elle choisit ces différents supports, pour que le medium utilisé influence la façon dont elle travaille ses matières et dévoile le sens qu’elle veut leur donner. Elle distingue et sélectionne les supports et les matières selon leurs possibilités à transformer son processus créatif. L’acrylique adhère à la toile, créant une étendue profonde de couleur qui recouvre la surface de la toile. Le papier a, lui, ses propres limites aux modifications, la transparence et la perméabilité de l’aquarelle et du crayon de couleur révèlent la texture et la couleur du papier support. La surface particulière, polie du papier Yupo change son processus de création si bien qu’elle le travaille à même le sol pour saisir la coulure de l’aquarelle, de la gouache ou de l’encre.

Comme j’étais avec elle au Musée d’Art Moderne à Paris, nous sommes allées voir une exposition de Zao Wou Ki : « l’espace est silence ». Elle traversait les galeries et, soudain elle est venue s’asseoir sur un banc pour apprécier une œuvre panoramique, un méli-mélo dilaté et reconsolidé de différents tons de terre. Elle affirma alors : « la première marque est la plus importante et la plus difficile » : Je lui demandais pourquoi. « Parce que la première marque est le commencement, la première marque entraine tout ». Cela m’a évoqué la fameuse coupure de Fontana : le geste définitif de faire cette marque est en essence le début et la fin. L’ontologie et la téléologie de l’acte créateur. Et en tant que tel, il doit être perçu, anticipé, et enfin reconstruit comme base du processus artistique.

Une vision en coupe de son travail montre une recherche spatiale dans son processus et dans son développement au fil du temps. En tant que spectateur, il est merveilleux de voir l’intimité prendre forme et transcender l’apparemment impénétrable, qui au travers de son œuvre, dans son geste, dans son mode de réalisation, est un mouvement extérieur vers l’œil du spectateur et sa connaissance du dynamisme et du discours.
« Quand j’étais dans le ventre de ma mère, j’étais bien » : dans le ventre, nous baignons dans le milieu aquatique de la métamorphose. Ses œuvres surgissent d’un centre, supposant une forme de C, dans laquelle une masse profonde semble faire des pirouettes aux quatre coins du tableau, et inversement les coins, les marges s’acheminent vers un centre densifié. Comme elle m’expliquait le cheminement de son œuvre, des modifications importantes apparaissaient. Je l’avais vue trimer dur sur ses peintures dans son studio, tournant la toile, cherchant la forme, l’équilibre et la couleur. Certains détails restaient, d’autres étaient retirés, surcolorés, retravaillés pour concentrer et manifester son choix artistique dans l’élaboration de l’œuvre.

Alors que chaque individu exprime une énergie sans limite, Agnès, elle, possède une grille architecturale et structurale qui sous-tend le format et l’arrangement de ses œuvres. L’agencement de ces assemblages variés influence la perception de la relation intrinsèque des parties au tout. Agnès compose ses combinaisons de travail comme un discours, ses triptyques se lisent de gauche à droite, et le contenu qu’elle y met ignore la structure de ses cadres. D’autres fois, la composition superposée invite à un zoom visuel, comme un aller-retour entre le proche-et le plus lointain, lorsqu’un détail dans l’arrière-plan est remis en exergue au premier plan.

Ses peintures sont intimement liées à son existence et sont caractérisées par ses trois derniers lieux de vie que sont Houston, Paris et le Venezuela : son art est le produit du lieu où elle crée. Le travail d’Agnès dépasse l’objectivité : son œuvre d’artiste se compose d’un tissu entrelacé comprenant interstices, points, positions, paysages, portes ouvertes, espaces, lacs, rivières, autant d’éléments qui engendrent une topographie unifiée qu’elle associe avec la spécificité de son lieu de création. Dans l’environnement épuré et dirigé que constitue la galerie d’art, l’œuvre d’art est la pièce centrale. En revanche, dans son studio, ses murs sont parsemés de divers morceaux et éléments, parties intégrantes de son processus de création, tandis que des vestiges de peinture et de textes témoignent et jouent avec la poétique du souvenir et du temps. « La coulure est le chemin du désespoir qui cherche le chemin du souvenir ». Chaque élément, chaque partie, chaque mouvement, chaque geste manifeste et exprime l’expérience de réalité vécue par Agnès Bourély, et donc en somme retrace sa propre vie.

L’oubli agité de ce qui nous exile, texte Aïda Eltorie

Aïda Eltorie
Barbara Davis Gallery

 

Agnès Bourély est entrée dans le monde des beaux-arts, dès sa jeunesse passée dans une famille de musiciens. Avec une mère et une sœur pianistes, un père photographe et une fille violoniste et ingénieur du son, Agnès a toujours été entourée de musique. En particulier, les sonorités de la musique impressionniste française donnée dans des salles de concerts néoclassiques depuis ses années de jeunesse jusqu’à maintenant l’ont profondément marquée. Elle-même guitariste, elle a grandi dans un environnement néo-impressionniste, qui, comme par une sorte d’acrobatie entre musique et peinture, a transformé les capacités d’Agnès en lui permettant de réécrire ses analyses stylistiques des diverses formes naturelles en véritables sons visuels. Son audace commence alors à apparaitre dans le gros de son travail et sa gestuelle tous azimuts, tel un contorsionniste, vient parachever son éducation musicale.

Grâce à sa connaissance de la musique, un bon musicien a la capacite de mettre en sons et mentalement écouter les manuscrits choisis qui lui sont présentés. Similairement, le voyage artistique d’Agnès dans la peinture est imprégné de musique : chaque ligne et chaque mouvement de pinceau, suscitent et renforcent le dynamisme vital du mouvement. Et ce n’est pas un simple mouvement, mais tout un ensemble de mouvements collectifs en déplacement qui surgit de l’univers plan du tableau, tel celui des sons en musique. De son travail émane une certaine clarté d’éléments en suspension, obéissants et sélectionnés, qu’elle utilise et suspend à partir de ce point de vue du contorsionniste acquis dans sa jeunesse. Ce qui est joué dans une salle de concert, provient de la familiarité intime entre le musicien et son instrument, et c’est ce mouvement du son qui provoque chez l’auditeur dans l’instant présent, son plaisir à venir.

Les contorsions solos grandissent par les coups d’attaque des instruments et le mouvement entier se construit de fragments de symphonies. Une progression du son qui finalement aura sa chute, mais selon les montées et descentes qu’Agnès dépeint, pourrait laisser transparaitre une incarnation. Que ce soit sous la forme d’un cercle, ou bien lors d’un point d’inflexion dans ses gestes, comme son travail tourne d’un mouvement à l’autre, l’œuvre d’Agnès crée un sens d’un exil choisi.

En 12 ans, Agnès aura déménagé 7 fois. Son attachement à sa maison et à sa famille a été le fil conducteur dans ses environnements sociaux interchangeables. Un ajustement constant, et une réadaptation nécessaire avec toutes les personnes autour d’elle, a exigé à chaque fois de repenser ses gestes, créer ses nouvelles règles. Son rôle de mère, d’épouse, et son propre besoin d’auto-accomplissement, ont hébergé la souplesse de son identité pour reprendre dans son propre solfège la dictée de notes et de mouvements triés par degrés. Hauts et bas, profonds et larges, majeurs et mineurs, les niveaux de tous ses gestes font naître l’idée de familiarité et de liberté.

Agnès Bourély incarne sa maîtrise des matériaux utilisés dans la fabrication de ses œuvres, non seulement pour les revisiter mais aussi pour permettre au contorsionniste qui dort en elle de s’exprimer de nouveau. Les crayons qui dessinent des lignes définitives, et les coups de pinceaux qui circonscrivent des espaces positifs et négatifs, selon qu’ils tombent au-dedans ou au dehors de leurs univers respectifs, semblent délimiter une base terrestre et en déduire un fond céleste dans l’espace du tableau. Tout ce qui se passe au milieu est pour nous terrain d’expression de possibilités infinies.

C’est à la fois la beauté pure et la beauté en mutation, dans le mouvement d’une artiste qui se retrouve à Houston, qui ont redéfini et renouvelé l’approche de son travail. La profonde honnêteté picturale d’Agnès Bourély témoigne de sa constante et extrême sensibilité et cette exposition est un regard unique sur ce qu’elle a pu retenir de Houston.

Agnès Bourély a obtenu sa licence des Beaux-Arts en peinture, le Diplôme d’Art Plastique, à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Angers, en France, en 1986. Elle a également reçu la Médaille d’Argent du « Rocky Mountain College of Arts and Design » à Denver, Colorado en 1988. Ses expositions personnelles comprennent (incluent) : le Consulat de France dans l’Etat de Anzoátegui, Venezuela, la galerie « Colette Dubois », sise au 420 rue St Honoré, Paris 8e, le Ministère des Finances à Bercy, Paris 12e, la librairie « Gibert Joseph », sise au Boulevard St Michel, Paris 6e et l’espace « Esprit d’Atelier », galerie à Versailles, France.

Curriculum vitæ

Expositions Personnelles

 

2019
-L’Oubli Agité de ce qui nous exile – The Restless Forgetfulness of What We Exile, Gallery Barbara Davis, Houston TX,USA 

2018
-Indociles Ariettes – wayward ariettas, Forum 6, Houston TX, Curator Eduardo Portillo, USA

2017
-Joyeuses Imperfections – Happily Imperfect, Gallery Zoya Tomy, Houston TX, USA

2015
-Consulat français, State Anzoátegui, Venezuela
-Galerie Colette Dubois,  420 rue Saint Honoré Paris, France

2014
-Exposition au Ministère des Finances Bercy  Paris, France
-Gilbert Joseph Library, Boulevard Saint Michel Paris, France
-Galerie Colette Dubois, 420 Rue Saint Honoré Paris, France

2013
-Galerie Esprit d’Atelie  Versailles, France
-Galerie Le Vis-à-Vis Paris, France

 

Expositions collectives

 

2021
-Prologue, Barbara Davis Gallery ,Houston, Texas, USA
-Glassell School of Art Benefit, Musée of Fine Arts, Houston TX, USA
-At the End of the Tunnel, Sawyer Yards, Spring Street Studios, Houston TX, USA

2020
-Discovering Repeating Patterns  , Sawyer Yards, Spring Street Studios, Houston TX, USA

2019
-La Bienal , Spring Street Studios, Houston TX, USA Curator: Eduardo Portillo,
-Landscapes Observed and Interpreted , Spring Street Studios, Houston TX, Curator: Ananda deMello, Art Habit, Miami, FL

2018
-Remix of Dreams, Gallery Barbara Davis, Houston TX, USA
-Neighbors, Spring Street Studios, Houston TX, USA Curator: Dennis Nance, Galveston Arts Center, Galveston TX
-The Big Show, selected and awarded, Curated by Evelyn C. Hankins John M. O’Quinn and Gracie R. Cavnar Galleries Lawndale Art Center Houston TX, USA
-Caliente, Spring Street Studios,Houston, TX, Curator: Arthur Turner, Glassell School of Art Houston, USA
-Entre deux tranches de baguette, avec le photographe Gary Watson & l’Alliance Française de Houston TX, USA

2017
-Dans l’œil du spectateur- In the Eye of the Beholder, the Silos Gallery, Houston TX, USA

2016
-At the Speed of Light, Spring Street Studios Houston TX, USA

2015
-Colorshow, Spring Street Studios, Houston TX,USA Curator: Heidi Vaughan Fine Art

2012
-Ateliers des Beaux-Arts de la Ville de Paris, France
-Arts Décoratifs (Ateliers du Carrousel) Paris, France

 

Education

 

1989
Silver Medal, The Rocky Mountain College of Art and Design Denver, Colorado, USA

1988
D.E.U.G d’histoire de l’art, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, Paris France

1986
Diplôme National d’Art Plastique, Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Angers, France

 

Publications I Press

 

2018
Glasstire
-Houstonpress

2015
-Tiempo Libre

2013
Art Absolument
-Le parisien
-Art Actu

2012
-Le parisien